Projection-débat « Umi no oya, la mère des mers » ou l’épopée de l’algue nori

Et si les algues réinventaient notre manière de manger et de penser l’océan ? À l’occasion de la Fête de la Science 2026, Océanopolis vous invite à une projection-débat gratuite autour du film Umi No Oya, la mère des mers. Entre science, cultures maritimes et enjeux écologiques, cette soirée inédite prolongée par une table ronde et une dégustation d’algues propose d’explorer la place des algues dans l’alimentation de demain.

Publié le 19/02/2026. Dernière mise à jour le 01/10/2026.
Affiche du film, Projection-débat "Umi No Oya, la mère des mer" ou l'épopée de l'algue nori.

Projection-débat, événement gratuit, en Bretagne dans le cadre de la Fête de la Science

Si l’océan réinventait nos assiettes ?

En ouverture de la nouvelle édition de la Fête de la Science placée sous le signe des « Saveurs savantes », Océanopolis vous invite à une soirée inédite autour des algues avec la projection-débat du film Umi No Oya, la mère des mers, réalisé par Maya Minder et Ewen Chardronnet.

Véritable journal de bord filmé, ce documentaire rend hommage à Kathleen Drew-Baker, algologue britannique dont les recherches pionnières sur les algues rouges ont contribué à révolutionner la culture du nori. À travers cette histoire fascinante, la soirée propose une plongée à la croisée des cultures, de la gastronomie et de l’océan, tout en révélant le rôle clé des algues face aux défis écologiques et climatiques contemporains.

La projection sera suivie d’une table ronde réunissant scientifiques, algologues, professionnels de la filière algues et acteurs du territoire, pour explorer le potentiel des algues dans la transition écologique, interroger leur place dans notre alimentation de demain et échanger autour de la biodiversité marine, des savoir-faire traditionnels et des enjeux actuels.

La soirée se conclura par une dégustation d’algues, en partenariat avec Bord à Bord, avec le soutien d’Abers Lab dans le cadre de la Fête de la Science 2026.

Date
Vendredi 2 octobre 2026
Horaire
De 18h30 à 20h30
Lieu
Auditorium d'Océanopolis, accès par la "VP4", rond-point Éric Tabarly
Accès
Tout public, accessible aux personnes à mobilité réduite

Intervenants

  • Émeline Creis – Co-fondatrice de l’entreprise d’algoculture Maari 
  • Valérie Stiger – Chercheuse au laboratoire LEMAR (IUEM/UBO)
  • Philippe Saint-Léger – Directeur associé SEAMER
  • Noémie Cottin – Docteure en pharmacie chez SEAMER et TECHNATURE

Déroulé de la soirée : 

  • 18h30 – Ouverture de la soirée et quiz interactif sur les algues
  • 18h40 – Diffusion du documentaire Umi No Oya, la mère des mers
  • 19h30 – Table ronde et questions du public
  • 20h15 – Fin de la table ronde – dégustation d’algues à la sortie en partenariat avec Bord à Bord
En savoir plus sur "Umi No Oya, la mère des mers"

L’urgence de la crise environnementale exige un changement de société – la réduction de notre empreinte carbone collective, l’adoption d’énergies renouvelables, d’alternatives alimentaires et de nouveaux modes de vie. Qu’elles soient puits de carbone ou alternatives alimentaires, les algues peuvent jouer un rôle crucial dans la transition écologique. Elles peuvent être utilisées comme biomatériaux, produits pharmaceutiques et cosmétiques. Leur rôle nutritionnel est bien reconnu, et les cultures alimentaires d’Asie du Nord-Est n’ont pas attendu les crises environnementales du XXe siècle pour intégrer des macro-algues telles que le kombu, le wakamé et le nori à leur alimentation.

Dans un entretien filmé en 2021 à la Station Biologique de Roscoff, sur la côte nord de la Bretagne, Philippe Potin, chercheur mondialement reconnu dans l’étude des algues, nous a raconté l’histoire de Kathleen Drew-Baker – comment cette algologue, qui a dû lutter en tant que femme dans le monde scientifique occidental d’avant-guerre, est devenue une figure quasi-sainte au Japon, acquérant le statut légendaire d’Umi no oya – mère de la mer. Nous avons vu dans son destin singulier de nombreuses raisons d’aller en apprendre davantage sur le terrain.

En effet, nous sommes tous deux convaincus qu’il nous faut de nouveaux récits pour nous aider à relever les défis posés par l’ère de l’Anthropocène. Nous y travaillons avec attention, à travers de nombreuses formes artistiques et narratives différentes. Mais en allant à la rencontre de Kathleen Drew-Baker et de la communauté qui l’honore au Japon, c’est le film qui s’est imposé comme le médium capable de partager les sensibilités communes entre science et culture, au cœur de nos riches rencontres avec les communautés de pêcheurs de la mer d’Ariake.

Les perspectives de la science sont toujours situées et dépendantes du contexte : il existe de nombreuses sciences, tout comme il existe de nombreuses modernités. L’énergie et l’enthousiasme de Drew-Baker ont contribué à diffuser sa méthodologie non seulement au Japon, mais dans toute l’Asie de l’Est, jusqu’en Corée et en Chine. À travers son histoire, il est remarquable de voir comment la science a pu être rendue accessible aux agriculteurs simplement grâce à des outils tels que le microscope, un cas exemplaire de science citoyenne. C’est de là qu’est née, dans le Kyushu, une méthode résiliente de biologie « faite maison » qui a conduit au développement d’une industrie aquacole et à la mondialisation de la culture du sushi.

Avec ce film, nous saluons également une femme passionnée qui a surmonté les obstacles patriarcaux et les inimitiés d’une guerre mondiale pour faire avancer son domaine scientifique. Drew-Baker n’a pas été rémunérée pendant la plus grande partie de sa carrière, car elle était mariée à un autre chercheur de l’Université de Manchester. Mais nous ne cherchons pas à en faire une héroïne, une hypothétique sauveuse anglaise du Japon. Nous souhaitons plutôt raconter comment sa générosité scientifique a stimulé la résilience de toute une communauté de scientifiques et de pêcheurs, à l’autre bout du monde, dans les années qui ont suivi les bombes atomiques de Nagasaki et Hiroshima.

À une époque où TEPCO déverse des eaux contaminées au large des côtes de Fukushima, la protection des écosystèmes océaniques est une question sensible au Japon. Les algues n’ont pas besoin de pesticides ni d’engrais pour croître naturellement. Mais les bassins versants qui les déversent dans les eaux de la mer d’Ariake provoquent une prolifération de micro-algues, perturbant des zones marines sensibles généralement dévolues à l’aquaculture du nori. Comment les agriculteurs peuvent-ils remédier à ces écosystèmes déséquilibrés ?

Il y a 60 ans, les scientifiques et pêcheurs de cette communauté de la mer d’Ariake ont décidé de rendre hommage à Drew-Baker. Avec ce film, nous cherchons à rendre hommage à cette communauté et à suggérer comment elle peut puiser dans sa propre histoire de résilience pour imaginer des moyens de surmonter les problèmes actuels liés aux écosystèmes perturbés et au réchauffement climatique.

Le titre du film reflète notre intérêt pour l’animisme de l’abondance de la nature qui se trouve au cœur du shintoïsme, l’abondance de la mer révélée ici par le statut de divinité conféré à Kathleen Drew-Baker. Mais cette histoire, qui s’inspire de traditions vénérables, révèle également la relation indissociable « nature-culture » avancée par la philosophe Donna Haraway ou les anthropologues Philippe Descola et Anna Lowenhaupt Tsing.

« Nous évoluons à travers ce que nous mangeons » est l’invitation finale du film à réfléchir à notre intimité profonde avec la nourriture, mais aussi une invitation à poursuivre cette recherche cinématographique vers de nouveaux types de récits – des récits qui mettent en lumière le rôle majeur joué par les algues dans l’évolution humaine, et notre conviction qu’elles peuvent également jouer un rôle dans les transitions alimentaires et écologiques à venir.

 

 

        

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